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Rivalités d’égo

Quand la jalousie entre dans la sphère professionnelle, elle peut impacter durablement la vie privée des salariés. Rencontre avec deux experts es jalousies.

Qui n’a pas fait les frais durant sa vie professionnelle d’un collègue jaloux ? Que vous soyez jeune diplômé ou cadre confirmé, il y a toujours des envieux qui regrettent votre promotion, sapent votre travail ou vous mettent des bâtons dans les roues. Des situations presque banales car l’entreprise est d’abord un microcosme, une petite société avec ses règles, ses hiérarchies et ses personnalités qui doivent cohabiter. Brigitte, 52 ans, en a fait l’expérience. Durant sa carrière en tant que responsable marketing dans un groupe de lingerie, elle a subi pendant des mois les saillies mordantes d’une collègue. « Elle me piquait mes idées, me fusillait du regard en réunion et me rabaissait devant ma boss. Comme ça crevait les yeux, mes collègues étaient de mon côté, mais cela m’a quand même pourri la vie durant de longs mois, avant qu’elle ne demande à changer de service. »

Le réflexe de comparaison

Si chaque histoire est différente d’une personne à l’autre, une chose est sûre : on ose davantage en parler qu’auparavant. Il faut dire que depuis 2001, la loi sur le harcèlement moral au travail organise la protection des salariés dans le secteur privé comme public et qu’il est passible de deux ans de prison et de 30 000 € d’amende. Pour autant, toute jalousie ne relève pas toujours, fort heureusement, du délit pénal.

Pour le coach et formateur en entreprise Philippe Laurent, la jalousie repose sur une émotion, un mélange de tristesse et de colère de ne pas avoir ce qu’a l’autre. « Je peux être envieux de son salaire, de son poste qui devait me revenir, de son talent technique ou managérial, de son charisme, mais aussi de sa beautéLes entreprises me sollicitent lorsqu’elles constatent un impact sur le moral d’un de ses collaborateurs, mais surtout sur les équipes car cela plombe leur efficacité opérationnelle. »

Pour ce catholique qui a vécu dans un monastère de 18 à 24 ans, c’est bien la question du bonheur qui est sous-jacente, d’où sa volonté de développer la bienveillance en entreprise pour faire du travail un lieu d’épanouissement. « Un des grands poisons du bonheur, c’est le réflexe de la comparaison. Par instinct, on va toujours se comparer à l’autre et en faire un idéal à atteindre. Mais c’est un effort sans fin qui rend malheureux. » Ses méthodes pour apaiser les tensions ? Travailler sur les postures, c’est-à-dire sur la façon dont une personne interagis avec une autre. « Cela peut prendre la forme de journées de formations avec les managers ou d’un accompagnement personnel de plusieurs mois. Le coach, ne peut pas faire des miracles, il impulse la prise de conscience et une volonté de la personne jalouse d’aller vers son propre développement personnel. Mon rôle est de lui permettre de mettre le doigt sur son potentiel caché et de le transformer en talent. » Développer ce que l’on a d’unique en soi ? Sur le papier, le défi est sexy. Mais cela suppose de reconnaître sa jalousie, ce qui n’est pas donné à tout le monde, même à l’heure du tout psy.

Une jalousie empreinte du rapport mère/fille

En ce domaine, on pourrait croire la gent féminine plus encline à faire son mea culpa et à s’amender, mais là encore méfions nous des stéréotypes. « Les femmes sont des hommes comme les autres, soumises aux rapports d’argent et de pouvoir », rappelle Annik Houel, psychologue et professeure émérite en psychologie sociale à Lyon 2 qui a consacré un livre aux rivalités féminines à travers le prisme de la relation mère-fille.

« Je me suis intéressée à ce sujet car j’ai longtemps envoyé mes étudiantes en stage chez mes anciennes élèves devenues DRH. Loin d’être des marraines, celles-ci se montraient extrêmement sévères avec leurs stagiaires qui n’hésitaient pas à parler de rivalités féminines, voire de misogynie. Passé mon étonnement, j’ai compris que ces femmes, qui avaient pourtant réussi, réglaient des comptes très personnels et reproduisaient le rapport mère-fillesEn position maternelle, elles jouaient la carte de l’intimité, tout en étant sanglantes au moment de noter leur travail. Mes étudiantes se retrouvaient dans une position infantilisée qu’elles supportaient très mal. »

Pour la psychologue, le lien mère-fille est l’une des grilles d’analyse possibles des conflits entre femmes au travail qui se jouent souvent entre niveaux hiérarchiques différents. « À chaque moment de la vie, on est amené à répéter ce qui s’est passé durant notre enfance. On passe ainsi de fille à femme, de femme à mère et on continue dans l’âge progressivement jusqu’à grand-mère. »

Loin de tout fatalisme, Annik Houel prône l’intervention de tiers au sein de l’entreprise, indispensables médiateurs pour libérer la parole. « Le dialogue est primordiale pour ne pas rester seule, sortir de cette emprise commune et de ce rapport amour-haine dans lequel les deux femmes sont prises. Et pourquoi pas parler à une psychologue qui vous aidera à comprendre des choses. Les femmes y vont tellement plus que les hommes… »

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Catégories :Réforme, Société
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