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Ah, la belle famille !

COUPLE. Les beaux-parents font partie intégrante de la vie d’un couple, même à minima. C’est aux conjoints de trouver le juste équilibre entre entente cordiale et proximité, en se méfiant des stéréotypes…qui ont la vie dure.

On a tous en tête des anecdotes vécues ou racontées de couples en proie à de vives tensions avec leurs beaux-parents. Et comme l’on parle davantage de ce qui ne va pas dans nos vies, on pourrait penser que ces liens sont très souvent conflictuels, voire inexistants. Pourtant, en l’absence de statistiques sur le sujet, mieux vaut se méfier des clichés, même si dans l’inconscient collectif, beaux-parents riment avec tourments. « Il est tout à fait normal qu’il y ait l’appréhension et de la circonspection au moment où l’on se marie, assure la psychothérapeute Christine Brunet. Rentrer dans une famille que l’on ne connaît pas, suscite quelques interrogations. On se demande si l’on va être aimé, apprécié et quelle est la culture familiale. Mais cela ne signifie pas que l’on va d’emblée être rejeté ou jugé. En la matière, chaque situation est différente, puisque nous sommes tous des individus singuliers avec nos caractères, nos passions et nos émotions. » Aucune fatalité donc. Et, entre être accueilli à bras ouverts et se trouver face à mur de silence, il y a pléthores de situations, fort heureusement.

Loyautés invisibles

Pour autant, la psychologue rappelle certaines évidences. « Pour construire un couple, on doit arriver à se séparer de sa famille d’origine pour en créer une nouvelle. Devenir adulte, c’est garder ses marques d’enfant, mais construire sa propre vie, développer son autonomie, sa propre idée de réalisation de soi. » C’est là où parfois le bât blesse tant il est difficile pour certains parents de couper le cordon. D’autant qu’aujourd’hui, on reste plus longtemps dans le foyer familial. « Quand deux personnes se rencontrent, chacune est issue d’une famille avec ses histoires et ses mythes, indique Éric Trappeniers psychothérapeute du couple. Mais la situation économique est telle que les jeunes se marient plus tard et sont donc dépendants plus longtemps de leur famille d’origine qu’auparavant. Il n’est pas rare qu’à 27 ans, âge moyen du mariage, les parents soient encore derrière eux financièrement et donc moralement. »

Pas facile de se construire une vie à deux sereinement quand les parents vous chapeautent du coin de l’œil et s’invitent dans les discussions du couple en devenir. Le psychiatre Jacques-Antoine Malarewicz va même plus loin : « Sur le livret de famille, il devrait y avoir une case selon laquelle le divorce d’avec les parents a été effectif ! Ce n’est pas évident de couper le cordon, même si c’est plus facile aujourd’hui car les jeunes prennent plus facilement des distances au sens moral, mais aussi géographique puisqu’ils voyagent facilement et ont une mentalité multiculturelle. » À l’entendre, c’est aux parents d’avoir la maturité suffisante pour ne pas rendre les enfants dépendants d’eux au niveau émotionnel et affectif. « Un enfant pour grandir à besoin de trahir, pas au sens dramatique du terme, mais de ne pas faire exactement ce qu’attendent de lui ses parents. Et notamment dans le choix de son conjoint. » Car si aujourd’hui, l’on est libre de choisir son partenaire amoureux, nombreux sont les parents à vouloir le bonheur de leur enfant selon leurs propres critères. « On reçoit tous des messages sur le type de rencontre que l’on ne devrait pas faire concernant les origines sociales, économiques ou religieuses de son conjoint, rappelle Éric Trappeniers. L’enfant intègre inconsciemment un certain nombre de modèles…jusqu’au jour où il choisit quelqu’un qui ne rentre pas dans le moule. » Autant de loyautés invisibles dont il est difficile de s’émanciper, même aujourd’hui.

S’éviter les rituels

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas au début de la relation amoureuse que les tensions s’exacerbent le plus avec la belle-famille, mais quand le quotidien s’installe. Tout peut alors susciter la tension : un anniversaire, l’éducation des enfants, les fêtes de fin d’année. Pour Christine Brunet, mieux vaut éviter d’installer des rituels trop figés. « S’il est important qu’il y aient des occasions privilégiées pour se réunir, la rigidité ne sert personne et peut devenir un sujet de friction au sein du couple. Le plus important, c’est le respect et la bienveillance de part et d’autre. » Pas toujours facile en pratique selon Sandrine, 38 ans, qui pendant trois ans a dû se plier au déjeuner dominical chez sa belle-mère qui vivait seule depuis la mort de son mari. « Au début, je trouvais cela sympathique, mais au fur et à mesure, je n’en pouvais plus de ce rendez-vous imposés. J’ai fini par laisser mon mari y aller seul… » Jacques-Antoine Malarewicz, souligne que c’est précisément quand l’un des deux parents décède, que le couple va être mis à mal. « En cause, un conflit de loyauté qui va obliger le ou les enfants à s’occuper de leur parent survivant, le plus souvent la mère, dont l’espérance de vie est plus longue que celle du père selon les statistiques ».

La belle-mère en ligne de mire

Car avouons-le, c’est souvent la belle-mère qui cristallise les passions. Accusée de vouloir de tout contrôler, d’être possessive et de s’immiscer dans la vie du couple, elle est souvent dépeinte comme « une louve à 50 mamelles » selon l’expression d’Eric Trappeniers. Une femme qui aurait sa belle-fille dans le viseur et dont le fils serait sous la coupe. Certes, il en existent a encore, mais à changement d’époque, changement de générations. Alors pourquoi ce schéma fait-il de la résistance ? « Depuis l’Antiquité, laideur féminine et mauvaise âme sont associées, donc à la laideur morale des belles-mères répond la laideur physique, souligne Yannick Ripa qui a dirigé un ouvrage sur les belles-mères dans l’Histoire*. C’était un moyen de lancer un avertissement aux belles-mères : leur volonté de s’emparer du pouvoir masculin leur ôtera toute féminité. Au début du XXe siècle, avec l’expansion de la famille nucléaire et le divorce, qui éloigne de fait les belles-mères, leurs représentations s’adoucissent, leurs formes s’arrondissent, leurs sourires s’épanouissent. Cette belle-mère-là s’apparente aux grands-mères à chignon qui font des confitures, rappelant une incontournable évidence, jusque-là volontairement négligée : en toute belle-mère sommeille une future grand-mère et dès que l’enfant paraît, belle-maman et bonne-maman ne font plus qu’une. »

Pour l’historienne, la belle-mère d’aujourd’hui reste caricaturée comme le montre, par exemple, la série télévisée de France 2 Parents mode d’emploi. «  L’une a gardé ses cheveux poivre et sel ne cesse de faire des remarques à sa belle-fille qui ne sait pas tenir sa maison ni prendre soin de son époux ; l’autre est en jeans, très égocentrée et se fiche d’être une grand-mère. Cette belle-mère post-MLF, qui n’assume pas son rôle de grand-mère, est une critique déguisée du féminisme. Aujourd’hui, les belles-mères ont souvent la même vie que les belles-filles, elles travaillent, font du sport, il existe une unité de vie qui ne permet plus d’identifier les femmes de 55-60 ans comme étant des belles-mères et seulement cela. Mais cet état de fait n’est pas encore passé dans les représentations collectives. » À en croire, Christine Brunet, il y a matière à espérer : « Aujourd’hui, les générations se parlent, se remettent plus en questions et vont éventuellement consulter. » La communication au secours des belles mères… on y croit.

À LIRE

Se libérer des souffrances familiales, d’Éric Trappeniers, InterEditions, 2014

L’étonnante histoire des belles-mères, sous la direction de Yannick Ripa, Belin, 2015

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Catégories :Réforme, Société
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