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L’amour en héritage ?

Fraîchement endeuillées, les fratries doivent passer devant le notaire et régler la répartition du patrimoine de leur proche. Un moment clé aux enjeux financiers et psychologiques.

Impossible d’y échapper, le rendez-vous chez le notaire est un passage obligé qui arrive souvent trop vite pour les familles. À peine leur parent décédé, ils doivent faire face à l’épineuse question des droits de succession éventuels à payer. « Au moment de l’héritage, l’argent des familles passe sous le contrôle de l’Etat, indique Nicole Prieur, psychothérapeute*. Celui-ci prélève l’argent privé et le verse au collectif dans un souci de régulation car l’héritage contredit les aspirations égalitaires d’une démocratie et accentue de manière significative les différences sociales. La fiscalité intervient alors pour rééquilibrer les écarts en prélevant des droits successoraux sur les biens du défunt, ce qui permettra aux héritiers d’en devenir propriétaires de plein droit. Cet impôt sur les successions rapporte 3% des recettes fiscales générales. »

Une taxe qui peut susciter l’incompréhension. Mais peut-on, pour autant, la qualifier d’injuste ? « Compte tenu du patrimoine moyen des Français, il se transmet avec très peu de droit de succession à régler, souligne la juriste Catherine Doleux-Janat, journaliste au mensuel Notre Temps. Et pour ceux qui auraient un patrimoine un peu plus important, ils ont les moyens d’anticiper par des donations et transmettre leurs biens sans frais. En effet, chaque parent peut donner à chacun de ses enfants 100000 € tous les 15 ans sans droits à payer. De même, les capitaux versés sur une assurance vie avant 70 ans sont exempts de droits de succession. À mon sens, il n’y a pas d’exaspération des Français sur cette question, y compris chez les riches, car il y a beaucoup d’outils juridiques qui permettent de défiscaliser son patrimoine. »

L’objectif de l’Etat ? Fluidifier les richesses des seniors, en grande partie immobilisées, vers les jeunes générations, plus à la peine financièrement et stimuler l’économie. Une mesure qui va dans le bon sens pour Jef, 41 ans. « Mes parents ont très vite compris l’intérêt de nous donner de l’argent de leur vivant à moi et à mon frère. Ils sont rassurés car nous ne payerons pas de droits de succession sur cette partie de leur patrimoinePour autant, nous n’utilisons pas cet argent qui représente pour nous des années de travail et d’économie. » Si de plus en plus de familles sont au fait de la législation, pour d’autres, notamment les plus âgés, le tabou autour de l’héritage est encore tenace. C’est ce qu’a réalisé Jackie, 60 ans, dont la mère n’a jamais voulu entendre parler de donation. « On avait beau, moi et mes sœurs, lui expliquer l’intérêt de cette mesure, elle ne voulait pas en entendre parlé. Elle pensait que l’on voulait lui prendre son argent et la précipiter dans la tombe. Résultat, quand elle est morte il y a quatre mois, nous avons dû régler des droits de succession à hauteur de 50 0000 € ! Une sortie d’argent que l’on aurait pu éviter de sortir si elle avait consenti à nous écouter. »

Le prix fort

Mais outre l’argent de l’héritage, répartis de manière égalitaire entre chaque enfant, les biens matériels peuvent faire l’objet de tensions au sein de la fratrie, et ce même si les parents avaient organisé leur répartition avant leur mort. « Chaque objet hérité, qu’il soit de grande valeur ou non, est une trace symbolique du défunt, souligne Nicole Prieur. Au moment où les deux parents ne sont plus là, le surmoi fraternel vole en éclat. Il n’y a plus de raison objective de s’entendre et les sentiments d’injustice ressortent et s’appliquent sur les objets hérités. On ne se bat pas pour avoir la cuillère en argent, mais pour l’enlever à son frère qui a toujours été le préféré de ses parents. Certains enfants, qui ont souffert de ne pas avoir reçu suffisamment d’amour, présentent à leur frères et sœurs cette facture très symbolique. Ils veulent absolument le vase préféré de leur mère ou la pipe de leur père et rejoue leur place au sein de la famille. » Pour éviter ces règlements de comptes, le mieux, estime Nicole Prieur, est de se dire que cette relation fraternelle n’a pas de prix. Passer outre la mesquinerie de chacun demande des efforts, mais constitue le véritable héritage parental à faire fructifier.

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Catégories :Réforme, Société
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