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Collections quand tu nous tiens !

Vous êtes capable de faire des kilomètres pour trouver des bouteilles de parfum miniatures, des boîtes de bonbons ou des services à thé ? Entre plaisir et déraison, que révèle de nous cette passion pour les collections ? Voyage aux portes de l’inconscient.

 

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Jeux d’enfants

Qui ne se souvient pas avoir commencé enfant une ou plusieurs collections et ressentie cette excitation et ces bouffées de plaisir devant l’objet tant convoité ? Rien de plus normal à en croire les spécialistes car c’est entre 7 et 12 ans que le désir de collectionner est le plus fort. « Toutes les filles et les garçons collectionnent, assure le psychiatre Alain Sauteraud. C’est un rituel instinctif de construction de la personnalité. L’enfant s’approprie une réalité qui lui donne du pouvoir et une vie riche d’échanges, d’envies et de rivalités… » À l’heure du numérique, les jeunes ne collectionnent plus les timbres et autres petits soldats, mais ils sont toujours aussi friands d’objets. Les grandes marques de l‘industrie agroalimentaire l’ont bien compris en proposant une multitude de jouets labellisés au jeune public.

Si la majorité des adolescents cessent leur collection, d’autres la poursuivent une fois adulte. Le collectionnisme devient alors soit un hobby hédonique, soit une quête absolue de « L’objet » dans toute sa splendeur. C’est le cas de Delphine, 42 ans, qui est une collectionneuse multirécidiviste : « J’ai d’abord collectionné les appareils photo anciens, puis je suis passée au mobilier du XVIIIe siècle. Je profitais de mes vacances pour courir les brocantes et chiner. Aujourd’hui, je suis passionnée de vases anciens, mais c’est la quête de l’objet qui m’excite, tout comme le côté chasseur, et pas uniquement la dimension esthétique de l’œuvre. » Même sentiment pour Martine, 30 ans, qui court les ventes privées à la recherche de robes haute couture : « Même si je ne les porte qu’une fois par an, je suis comblée. Je les conserve dans un placard comme des objets d’art.  Cela suffit à mon bonheur ! »

Quand les femmes s’y collent

À en croire psys et sociologues, les collectionneurs seraient majoritairement des hommes. Grosse erreur, selon le psychiatre Robert Neuburger, pour qui cette activité concerne tout autant la gent féminine. « On dit souvent que les femmes sont victimes d’achats compulsifs lorsqu’elles achètent des chaussures, des vêtements ou des sacs. On pathologise leur conduite et l’on porte sur elles un regard négatif. À l’inverse, on dira d’un homme qui accumule les cravates ou les cigares qu’il les collectionne et non qu’il a des troubles comportementaux ! Les femmes collectionnent autant que les hommes, mais pas la même chose. » Si ces derniers sont davantage tournés vers les Antiquités ou les tableaux de maître, les femmes privilégient les bijoux ou les petits objets. C’est le cas de Sylvie, 53 ans, qui collectionne depuis 35 ans les éléphants sous toutes ses formes : « J’ai commencé pour m’amuser et aujourd’hui, j’en ai 1400 ! Ça donne un certain cachet à ma maison qui, du coup, ne ressemble à aucune autre. Mais cela reste avant tout un plaisir. Je n’en fais pas une fixation et je n’ai jamais dépensé plus de 20 euros pour un éléphant, quelle que soit sa taille ! »

Cet obscur objet du désir

Mais, davantage qu’une passion, collectionner est aussi un moyen de maîtriser le futur et de calmer nos peurs. « L’objet est rassurant parce qu’il est à la fois réel et éternel, indique Robert Neuburger. Derrière une collection, il y a l’idée de se survivre. C’est presque un traitement contre l’angoisse ! D’autant qu’en devenant collectionneur, on s’attache à une famille de cœur. » Mais nos collections en disent-elles plus sur nous que de longs discours ? Multiplier les collections tout azimut serait-il le signe d’un esprit dispersé ? Et que dire des femmes qui se limitent à un seul objet toute leur vie ? Pour Alain Sauteraud, il est difficile de « psychologiser » les collectionneuses. Mais il admet que la plupart changent de thème comme on change de goût. « Ce sont de vraies passionnées qui marchent au feeling et n’hésitent pas à donner ou vendre leur collection sur un coup de tête. C’est la preuve d’une flexibilité et d’une grande souplesse d’esprit. »

Pathologie et démesure

Alors à quel moment le collectionnisme bascule dans la pathologie ? « Lorsque cela devient une activité exclusive et envahissante au point de négliger sa famille et son entourage, remarque Robert Neuburger. Il y a aussi de quoi s’affoler quand les gens dépensent des fortunes pour des choses qui n’en valent vraiment pas la peine. » En clair, avoir une collection oui, à condition qu’elle vous procure un plaisir objectif et n’empiète pas trop sur votre vie réelle. Et de nous citer le cas de ce collectionneur frénétique, issu d’un milieu social aisé qui confinait ses convives dans l’entrée de son grand appartement au motif que toutes les pièces étaient envahies par sa collection de sculptures !

Freud : un collectionneur aguerri

Le père de la psychanalyse était lui aussi atteint par la collectionnite aiguë. Grand admirateur de l’archéologue allemand Heinrich Schliemann, découvreur des vestiges de Troie et de Mycènes, Freud possédait près de 2000 objets antiques issus des civilisations méditerranéennes disparues (grec, égyptienne, étrusque et romaine). « Tenir une collection l’apaisait beaucoup, souligne le psychiatre Robert Neuburger. À Vienne, il avait deux appartements : celui qu’il partageait avec son épouse et celui où il recevait ses patients et dans lequel il exposait ses objets archéologiques. Les photos de son cabinet de consultations montrent l’envahissement de son bureau par ces statuettes et autres amulettes, pas toujours d’excellente qualité d’ailleurs ! En bon collectionneur, il faisait régulièrement le tour des marchands d’Antiquités et ramenait une multitude objets de ses voyages. Il achetait, revendait et offrait parfois ses trésors à des amis. Il y avait donc une vie autour de ses objets. » Cette passion, longtemps restée secrète, est la preuve que le fondateur de la cure psychanalytique était profondément humain et…doté des mêmes pulsions que nous !

Je garde tout, c’est grave Docteur ?

Vous conservez comme des reliques vos vieux vêtements ou des anciens catalogues de mode ? Vous êtes peut-être atteinte par le syndrome de l’incapacité à jeter, l’une des formes la plus rebelle des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). « Nous avons tous chez nous des objets précis que l’on traîne depuis notre enfance et que l’on ne peut pas jeter, assure le psychiatre Alain Sauteraud* : des billes, des poupées ou des posters de nos stars préférés. Ces objets font naturellement partie de notre histoire et de notre album de souvenir personnel. On s’y attache comme à des héros symboliques et c’est plutôt bon signe. Mais, accumuler tout au long de sa vie des choses inutiles comme des appareils électroménagers, de la vaisselle ébréchée ou des piles d’anciens programmes télé pose problème en termes d’encombrement, mais aussi de dépenses excessives. D’autant que le fonctionnement de la personne s’en trouve altéréOr, en psychiatrie, le juge de paix, ce sont les conséquences fonctionnelles pour le sujet et son entourage. » Quelle différence entre le collectionnisme et l’incapacité à jeter ? « Dans le TOC, il n’y a jamais de plaisir ! La tendance à tout garder s’explique par la peur de manquer ou par la crainte de briser un lien affectif qui s’exprime à travers l’objet. Certains patients sont touchés par le syndrome de Diogène et refusent de se débarrasser de leurs ordures par crainte d’y avoir jeter des choses importantes. » Mais Alain Sauteraud l’assure : les thérapies comportementales permettent de sortir de ce cercle infernal. « Lors des premières séances, je demande à la personne de jeter les choses les plus inutiles ou absurdes comme les publicités qu’elle reçoit ou ses vieilles chaussures. Puis au fur et à mesure, elle apprend se libérer d’objets auxquels elle tient davantage comme ses chaussons de danse d’enfant, ses vieux sacs ou ses archives personnelles de plus de dix ans. Mais ça, c’est plutôt en fin de thérapie ! »

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Catégories :Questions de Femmes
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