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L’équation cancer et alimentation

De nombreuses études épidémiologiques montrent que les choix alimentaires permettent de réduire les risques de certains cancers. Encore faut-il éviter les discours simplistes ou réducteurs.

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En France, comme dans la plupart des pays développés, le cancer reste un problème majeur de santé publique. Selon la Direction Générale de la santé, les tumeurs malignes représentent la première cause de mortalité chez les hommes et la seconde chez les femmes après les maladies cardio-vasculaires. Malgré les progrès des traitements et l’avancée de la recherche, l’Organisation Mondiale de la Santé estime, qu’en Occident, près d’un homme sur deux est ou sera touché par le cancer et plus d’une femme sur trois. Pas de quoi être rassuré…

Dans notre société d’opulence où se nourrir est devenu un geste banal, l’alimentation est au centre des préoccupations. Les scientifiques ont désormais la certitude que certains éléments ont une influence directe sur les risques de cancer à l’instar de la consommation des fruits et légumes, le surpoids, l’obésité et l’activité physique. Des axes clés qui ont abouti, en 2001, à des recommandations alimentaires de santé publique. Le Programme national nutrition-santé s’est fixé un objectif ambitieux : améliorer l’état de santé de la population en agissant sur le déterminant nutrition. « La recherche dans le domaine des relations entre nutrition et cancer a commencé dès les années 1970, souligne David Khayat, chef du service d’oncologie médicale de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Mais, à cette époque, la population n’était pas prête. Depuis une vingtaine d’années, il y a un éclairage plus fort sur cette question car les études épidémiologiques sont plus précises et que la nourriture est au centre de nos vies. Aujourd’hui, on sait que nos comportements alimentaires sont responsables de bon nombre de cancers, même s’ils ont un degré de complexité bien plus importante que dans tous les autres types de causalité comme l’alcool ou le tabac. »

Des liens complexes

Preuve que le sujet passionne, de nombreux ouvrages ont fait florès depuis quelques années. Les plus emblématiques sont ceux du Docteur David Servan-Schreiber Anticancer (Robert Laffont), décédé en juillet 2011 d’un cancer du cerveau, et celui du Professeur Khayat Le vrai régime anticancer (Odile Jacob). Les deux médecins ont analysé plusieurs centaines d’études scientifiques et se rejoignent sur les vertus de certains aliments comme les tomates, le thé vert, le jus de grenade, l’ail ou le curcuma.

« Un bon tiers des cancers est directement ou indirectement lié à notre alimentation, assure le Professeur Khayat. Cuisiner anticancer, c’est éviter autant que possible la cuisine au wok et les grillades, certains poissons contaminés par les métaux lourds comme le flétan, le saumon et le thon rouge et limiter les aliments sucrés et les produits très gras, (fromage fondu, mayonnaise, charcuterie). » Mais dans le même temps, le docteur se garde de toute simplification et rappelle qu’il n’existe pas de régime universel pour éviter le cancer, mais plutôt des conseils pour s’en prémunir. « Il est impossible d’affirmer que la suppression totale d’un produit ou l’augmentation de tel autre dans notre alimentation pourrait éviter tel ou tel cancer. L’empreinte génétique est différente d’un individu à l’autre et nous ne digérons pas les aliments de la même manière. » En effet, rappelle-t-il, contrairement aux animaux de laboratoire, comme les souris qui sont génétiquement identiques, il est très difficile d’extraire le rôle d’un steak, par exemple, sur un individu quand on sait que dix personnes ne l’auront pas mangé de la même manière. « Certains auront pris des carottes râpée avant, d’autres l’auront mangé saignant, à point, en tartare ou auront bu de l’alcool, pris un dessert… D’autant que ce qui est bon pour l’homme, n’est pas bon pour la femme, ce qui est bon pour les fumeurs n’est pas forcément bon pour les non fumeurs. »

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Prudence et rigueur

En la matière donc, on marche sur des œufs et la prudence s’impose. Pour François-Jean Pedinielli, responsable d’un service de cancérologie à Aix-en-Provence, il faut proposer des preuves tangibles aux patients, sous peine de les laisser dans un flou dangereux. « Je me méfie des discours partisans. Les injonctions alimentaires doivent répondre au principe de la preuve et de l’explication fondamentale. On ne peut pas manger des kilos de brocolis, boire des litres de thé vert et sucer des ailerons de requins ! D’autant que le cancer est un phénomène complexe et multi factorielle où l’individu est partie prenante. » Et le médecin Protestant de nous rassurer : si le nombre de cancers augmente, la France reste l’un des pays où le taux de guérison est le plus fort et l’espérance de vie est la plus élevée.

Pour Pascal Hammel, gastro-entérologue à l’hôpital Beaujon de Clichy la Garenne, il est clair qu’une alimentation saine est un élément préventif intéressant. « Si l’on n’a pas  de terrain génétique et que l’on a une alimentation équilibrée, on diminue probablement le risque de survenue des cancers ou on le retarde. Pour autant, l’impact de l’alimentation sur la survenue des cancers reste minime aliment par aliment en comparaison du tabac et de l’alcool qui ont une grande influence. » Et de rappeler qu’il est inutile de se gaver de fruits et légumes si l’on fume car 30% des cancers en France sont dus au tabac. Touché il y a huit ans par un lymphome agressif, Pascal Hammel assure que tous ces conseils d’alimentation doivent commencer dès l’enfance : « Se préoccuper de son assiette à 40 ans c’est déjà tard ! Lorsque je vois des enfants avec des bouées de sauvetage autour du nombril, c’est insupportable ! Les chips, les gâteaux et les cacahuètes devant la télévision, c’est le début des ennuis.  »

Face à la déferlante d’informations sur les pesticides et autres méfaits des OGM, on serait tentés de passer au tout bio. Mais là encore, prudence car il n’existe pas de consensus scientifique qui montre la supériorité du bio par rapport au risque de cancer. Alors, au nom du principe de précaution, faut-il se priver d’une bonne tranche de charcuterie ? Non, assure Denis Corpet, qui dirige l’équipe « alimentation et cancer » au sein de l’unité Xénobiotiques de l’Inra à Toulouse. «  Pas question d’avoir un discours nutritionnel moralisateur et culpabilisant. Ce n’est socialement pas audible. Rappelons-nous que le cancer est la maladie du siècle uniquement parce que l’on vit plus vieux. Les pharaons qui vivaient vieux avaient aussi des cancers ! » Pour le professeur Khayat, inutile de tomber dans un extrémisme alimentaire. Seul le bon sens compte car il a guidé sans faillir l’humanité pendant des millénaires« La règle d’or est de diversifier son alimentation, manger les produits de saisons, d’alterner les modes de cuisson et de faire confiance à des recettes qui ont traversé l’histoire. » Et de rappeler que le Cancer est une forme exagérée de vie qui finit par manger la vie.

 

Le Plan Cancer au scanner

Selon l’Institut de veille sanitaire, 365 000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en 2011 en France et l’on a dénombré 147 000 morts. Depuis le début des années 2000, sous l’impulsion de Jacques Chirac, la France s’est dotée d’une politique de lutte contre le cancer d’envergure. Le premier Plan Cancer (2003-2007), en homogénéisant les pratiques, a permis de rattraper le retard en matière de prévention et de développer la recherche. Pour le Professeur David Khayat, qui a présidé l’Institut national du cancer de 2004 à 2006,  la France a changé de dimension grâce à ce dispositif. « Nous sommes redevenus un pays leader en matière de lutte contre le cancer. Aujourd’hui, tout le monde nous envie ce Plan qui coordonne et évalue la pertinence des soins dans les hôpitaux et les centres anticancéreux. » Le Plan Cancer 2009-2013, lancé par Nicolas Sarkozy, a été doté d’un financement de 750 millions d’euros. Il propose 30 mesures rassemblées en 5 axes : la recherche, l’observation, la prévention et le dépistage, les soins, la vie pendant et après le cancer. À l’heure où le nombre de cas de cancer double en France tous les 20 ans, le Professeur Khayat reste persuadé qu’un jour cette maladie du siècle sera vaincue.

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