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Renaissance sociale

ACCOMPAGNEMENT. Les associations chrétiennes d’aide aux chômeurs ne connaissent pas la crise. Elles offrent un accompagnement individuel et ouvrent la voie à une reconnaissance sociale des personnes isolées.

À en croire l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), le nombre de chômeurs en France, s’élevait à près de 4 millions. Si Pôle emploi reste l’outil public de référence en matière de recherche d’emploi, nombreux sont ceux qui se tournent vers des associations plus à même de cibler leurs demandes et d’écouter leur détresse. Certaines d’entre elles, d’inspiration chrétienne, sont devenues des références en la matière et fonctionnent par le bouche-à-oreille. Beaucoup de personnes les sollicitent avec l’espoir de trouver un emploi, mais aussi du réconfort. À l’instar de Catherine, 45 ans qui a connu une longue période de chômage avant de pousser la porte de Mirp entreprise : « J’ai perdu mon emploi d’assistante commerciale et administrative du jour au lendemain. Après une période d’abattement et de désarroi, je me suis adressée à Mirp Entreprise. J’ai bénéficié, pendant plusieurs mois, d’un suivi individuel et de conseils avisés. Cela m’a permis de revaloriser mon parcours et de retrouver un emploi. Aucune institution ne m’a accueilli avec un tel professionnalisme et une chaleur humaine. »

Un accompagnement individuel

Un témoignage qui plébiscite une association créée en 1981 par Jean-Marc Mercier. Cet ancien responsable logistique, qui avait perdu son emploi à la suite d’une restructuration, a mis en place l’association MIRP (Mission dans l’Industrie de la Région Parisienne) d’accompagnement et d’aide aux chercheurs d’emploi animée par des conseillers bénévoles et permanents. Très vite le synode régional des Eglises réformées a apporté son soutien financier à l’association, qui a pris le nom de MIRP Entreprise. « C’était un projet précurseur pour l’époque, indique Michel Arné, le Directeur actuel de l’association. Cela a d’ailleurs tout de suite fonctionné. Aujourd’hui encore, notre spécificité est l’accompagnement individuel en face à face avec un consultant ayant fait lui-même l’expérience du chômage et du retour à l’emploi. Il suit la personne pendant toute la durée de son parcours. Nous recevons 200 personnes chaque année, parmi lesquelles 45% de Bac+5 et de Bac +7. »

Si la renommée de l’association est telle, c’est qu’elle redonne aux chômeurs conscience de leur valeur grâce à des bilans de compétences, des simulations d’entretien ou une initiation à l’outil Internet. Depuis 1994, une permanence MIRP entreprise accueil les personnes sans emploi au Foyer de Grenelle dans le XVe arrondissement de Paris qui dépend de la Mission Populaire Évangélique de France. Catherine Rapp, ancienne expert-comptable qui a connu le chômage, a retrouvé du travail grâce à l’association. Elle y fait aujourd’hui de la formation liée à l’emploi (bureautique, anglais, création de sites Internet). « L’accompagnement individuel s’inscrit dans une réappropriation de son parcours. Mais le collectif compte aussi beaucoup pour le croisement du regard des autres. C’est l’ambition du « Troc-Idées » qui se déroule chaque mercredi matin. Un lieu d’échanges entre chercheurs d’emploi autour d’un café. Il faut mettre du convivial et de l’humour là où il n‘y en a pas ! » sourit-elle.

 Un souffle spirituel

Bien que ce ne soit pas sa religion, Catherine Rapp n’oublie pas que l’association a des « racines » protestantes. « L’inspiration spirituelle de Mirp Entreprise se retrouve dans l’accueil inconditionnel de l’autre, quelle que soit sa religion. Le mot mixité prend ici toute sa dimension ». Même sentimentpour Pierre Bardon, Président d’ACE créé en 1996 à l’initiative de Mirp Entreprise et soutenue par les services d’entraide des paroisses protestantes de l’Ouest parisien (Neuilly, Étoile, Auteuil, Boulogne, Neuilly). « L’association est certes non confessionnelle, mais l’influence protestante n’est pas pour rien dans le succès de notre démarche. Nous proposons un coaching individualisé qui permet à la personne de retrouver un projet professionnel, mais surtout une estime d’elle-même sans laquelle elle ne peut pas avancerNotre ambition : rompre l’isolement des chômeurs sans repères. » Frederick Talaszka, 44 ans, qui a connu une longue période de chômage avant de retrouver un emploi, évoque « un repositionnement bénéfique qui a déclenché une dynamique intérieure ». Signe que la demande est forte, l’association reçoit près de 500 personnes par mois.

Le point commun à toutes ces initiatives est la dimension éthique propre à chaque association. C’est aussi le sentiment de Joël Rochat, présidentde Mirly-Solidarité implantée dans le foyer Protestant de la Duchère à Lyon. « Mon action aux côtés des chômeurs est dans la logique de mon engagement religieux puisque je suis également président de l’Église Réformée de Lyon. À mes yeux, personne ne naît sous le signe de la fatalité et ceux qui ont de la chance doivent la partager. Ce message apparaît clairement dans le dernier synode sur la diaconie autour du thème de la solidarité avec les plus démunis. » Si la moitié des bénévoles de la Mirly sont protestants, Joël Rochat regrette que la dimension spirituelle du mouvement ait longtemps été laissée de côté : «  L’étude des textes bibliques doit revenir au premier plan afin d’initier une réflexion plus profonde des bénévoles ».

Lorsque l’on parle « résultats » à ces responsables, ils soulignent la difficulté de  connaître le nombre exact de personnes qui ont retrouvé un emploi après être passés par leur association. Mais tous évoquent leur sentiment de gratitude et de profonde reconnaissance. Preuve que leur engagement humain et spirituel a porté ses fruits.

Atelier menuiserie à Lyon : le chemin vers la dignité

Bien plus qu’une association, Mirly-Solidarité implantée à Lyon, accompagne les chômeurs sur le long terme par le biais de l’Atelier Chantier d’Insertion (ACI). « Nous avons créé l’atelier il y a dix ans, indique Joël Rochat, président de Mirly-Solidarité. Au départ, il s’agissait de mettre en place une activité occupationnelle pour donner une impulsion positive aux plus démunis. Un jour, nous avons fait le pari de la dimension professionnalisante. Nous avons investi plus de 200 000 euros pour donner vie à ce projet. C’est désormais une menuiserie professionnelle qui accueille 40 personnes en contrat aidé pour des périodes de 6 mois à un an. » Les salariés, sélectionnés par Pôle emploi, sont accompagnés par un référent qui les aide à élaborer leur projet professionnel. Trois encadrants techniques les forment à la vie sociale et de travail, à la sécurité et au métier de menuiserie. Les mobiliers et agencements pour habitat collectif et pour particuliers sont vendus, souvent après mise en concurrence. « Au sein de l’atelier, ils apprennent à travailler en équipe, retrouvent le chemin de l’emploi et leur dignité d’êtres humains. 60% d’entre eux sortent avec un travail en CDD ou en CDI. Nous en sommes très fiers. »

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Catégories :Réforme, Société
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