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Mireille Marachin

Des livres pour soigner les maux

Cachée par des Protestants pendant la seconde guerre mondiale, cette ancienne libraire milite au sein de l’association Yad Layeled France. Elle est l’une des trois Françaises dont l’histoire est racontée dans la bande dessinée Les Enfants sauvés, Huit histoires de survie.

Mireille Marachin nous reçoit chez elle dans un îlot de verdure niché en plein cœur du quatorzième arrondissement de Paris. Ce qui frappe d’emblée, c’est la place faite aux livres : neufs ou anciens, ce sont eux les véritables trésors de la pièce, même si des tableaux ornent les murs. Et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’hôtesse nous montre l’endroit où elle conserve précieusement les premiers livres achetés pour fêter leur retour dans la capitale après des années d’exode et de privations. « C’est l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. Le premier dimanche où nous sommes revenus, nous sommes allés voir les bouquinistes sur les quais. Mon père m’a dit : « achète tous les livres que tu veux ». J’ai donc choisi Molière et Shakespeare. Pour lui, comme pour les Juifs en général, le livre, c’était sacré. Il m’a toujours encouragé dans la voie de la lecture ».

Cet amour des livres, Mireille l’a longtemps gardé secret avant de s’autoriser à devenir libraire. Et quand l’association Yad Layeled France lui a proposé de raconter son histoire dans la bande dessinée Les Enfants sauvés, Huit histoires de survie, elle n’a pas hésité.  « Je fais partie du bureau de l’association depuis dix ans. J’ai participé à de nombreuses interventions dans des écoles primaires et des collèges pour raconter mon histoire d’enfant caché. Lorsque l’on m’a soumis l’idée,  j’étais convaincue car je soutiens tout projet qui peut faire comprendre aux enfants ce que nous avons vécu pendant la guerre. »

Mireille Marachin, née Gluckman, est la première Française de la famille. Son père      qui fuyait les pogroms de Galicie à 14 ans est arrivé dans la capitale où il tombe  amoureux de la ville lumière…et de sa mère, qui venait de Cracovie. En 1940, la  famille ne se fait pas recenser au commissariat, comme l’impose le statut des juifs, et se retrouve sur les routes de France en partance pour la zone libre. Commence alors quatre ans d’exode où Mireille s’acclimate comme elle peut à sa nouvelle vie faite de silence et de secrets. Jusqu’en 1942, elle est cachée tour à tour chez un fermier, dans une école religieuse, un orphelinat et chez les bonnes sœurs. « Les sœurs ont accepté de me cacher pendant quelque temps, puis un jour elles m’ont dit qu’elles me garderaient seulement si j’acceptais de me faire baptiser. Du haut de mes 7 ans, je ne voyais pas qu’elle mal il y avait à être juive. Et je leur ai dit qu’il n’en était pas question ! »

Retour dans la clandestinité à Pau sous le nom de Mireille Denoyel où la petite fille est cachée chez un Juste dont elle apprendra plus tard qu’il fut un grand chef de la Résistance.  « Dès l’âge de 7 ans, je n’ai pas vécu une enfance normale. Je n’avais pas peur, mais j’avais faim et froid. Et puis, j’étais triste d’être séparée de mes parents, même si je savais qu’ils prenaient de mes nouvelles et qu’ils se cachaient dans la même région que moi. »

À la fin de l’année 1943, les parents de Mireille habitent à Jurançon dans une maison prêtée par des Protestants. Ils y vivent portes et fenêtres fermés. Et lorsque sa mère accouche d’une petite sœur, elle fait venir Mireille pour qu’elle berce le nourrisson. C’est là, toute à son bonheur d’avoir retrouvé sa famille, qu’elle découvre la lecture. « Je berçais ma sœur dans un grand salon où trônaient deux bibliothèques. J’ai donc dévoré Balzac, Hugo, Alexandre Dumas… »

Après la libération, la famille retourne à Paris et c’est en parcourant les quais que son père lui offre des livres, comme pour marquer leur retour à la vie. Un retour difficile pour Mireille en proie à des traumatismes moraux et physiques dus à la guerre et à ses non dits. Elle passe une licence d’anglais puis une maîtrise de lettres, mais se voit contrainte de reprendre l’entreprise familiale de textile. C’est trente ans plus tard qu’elle osera enfin concrétiser son rêve en achetant une librairie dans le quartier latin.

Son amour infini des mots, elle l’a transmis à sa clientèle mais aussi à ses filles, l’une est libraire et l’autre correctrice pour des maisons d’éditions. Quant à a connaissance de la langue française, Mireille la fait partager aux plus défavorisés  Au Casdal 14, un centre d’animation social parisien où elle donne des cours d’alphabétisation, et anime un atelier d’écriture. L’ancienne libraire organise également tous les deux ans via l’association qu’elle a créé une série de manifestations pour la promotion de la lecture dans le 14e arrondissement. Son nom ? La fureur de lire.

REPÈRES

1935 : naissance à Paris.

1940 : exode avec sa famille sur les routes de France.

1943 : cachée à Jurançon dans une maison prêtée par des Protestants.

1950 : Licence d’Anglais

1971 : reprend la société de textile de son père.

1976 : Directrice des Ressources Humaines chez Lalique.

1988 : achète une libraire rue Monge.

1998 : S’engage aux côtés de Yad Layeled France

 

Une bande dessinée pour transmettre l’Histoire

Les Enfants sauvés, huit histoires de survie (Editions Delcourt) relate le parcours de ceux qui, aux quatre coins de l’Europe, ont survécu grâce aux Justes. Cinq des huit témoignages qui composent cet ouvrage proviennent de l’exposition Sur les traces d’une photo présentée depuis 2005 au Musée-Mémorial Yad Layeled. Les autres sont issus d’un DVD proposé par Yad Layeled France. L’ouvrage est préfacé par Simone Veil, présidente d’honneur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et Tomi Ungerer, l’un des plus grands illustrateurs contemporains. Il s’achève sur un dossier comportant des repères historiques et bibliographiques et un glossaire rédigés par l’historienne Katy Hazan.

Yad Layeled France a été créé en 1997 pour faire connaître les actions de « Beit Lohamei Haghetaot-Yad Layeled », la Maison des combattants des ghettos créée en 1947 par les rescapés du ghetto de Varsovie. La pédagogie de Yad Layeled France est fondée sur le souci de montrer aux jeunes la dimension universelle de l’histoire de la Shoah. Sa mission : faire circuler en France l’exposition itinérante Sur les traces d’une photo, organiser un séminaire annuel pour enseignants, éducateurs et étudiants francophones et diffuser sa mallette pédagogique destinée aux élèves de CM2, 6e et 5e. Elle est composée d’un livret de présentation, d’un DVD, d’un recueil de textes choisis et de 135 fiches photos et signets.

Yad Layeled France : 46 rue Raffet 75016 Paris. Tél : 01 45 24 20 36 info@yadlayeled.org / www.yadlayeled.org

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Catégories :Portraits, Réforme
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