SAS Institute : rejoignez l’entreprise du bonheur !

novembre 7, 2017 Laisser un commentaire

Leader mondial de l’analytique, SAS a fait de l’épanouissement de ses collaborateurs sa priorité. Rencontre euphorisante avec Yannick Charron, (UCP, 99), son DHR.

SAS Institute fait partie des entreprises « Great Places to Work ». Dans quelle ambiance évoluent les collaborateurs ?

Le siège social de la filiale française est installé au château de Grégy-sur-Yerres en Seine et Marne. Nous profitons d’un parc de plusieurs hectares, d’un terrain de tennis, d’une salle de sport avec un sauna, d’une conciergerie et d’une crèche. Ce cadre de travail reflète la pensée du fondateur de SAS pour qui des collaborateurs heureux fournissent un travail de meilleure qualité.

Cette culture d’entreprise se retrouve-t-elle dans le management des équipes ?

Totalement. Nous privilégions la responsabilisation de nos collaborateurs via un dispositif de télétravail qui permet à chacun de gérer sa vie professionnelle. Notre priorité est de savoir si l’employé a atteint ses objectifs, pas de l’avoir sous nos yeux tous les jours ! Notre valeur ajoutée s’illustre aussi par la culture de la porte ouverte qui passe par un accès simplifié à tous les managers et directeurs de l’entreprise.

Un conseil à ceux qui souhaitent vous rejoindre ?

Chaque année, nous sélectionnons une vingtaine d’étudiants en fin de Master 2 et nous les intégrons au programme « SAS Spring Campus ». Ils débutent par un mois de cours avec des spécialistes métiers, suivi d’un stage au sein d’une entreprise cliente, d‘une société de conseil et de services ou de SAS elle-même. Une occasion en or pour les apprentis data scientists d’apprendre leur futur métier.

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L’art au chevet des soignants

août 7, 2017 Laisser un commentaire

 

Et si les longs-métrages aidaient les étudiants en médecine à mieux appréhender les souffrances des malades ? C’est le pari réussi d’une philosophe qui croit passionnément en l’humain.

La maladie et son lot de souffrances physiques et morales est une expérience ô combien solitaire. Mais pour le patient, faire face un médecin imperméable à toute émotion, c’est un peu la double peine. Fort de ce constat, Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine à l’Université Paris Diderot, a eu l’idée, il y a dix ans, d’organiser, en plus de ses cours, des cycles de projection-débat afin d’apprendre aux étudiants en médecine ce qu’est l’expérience vécue de la maladie.

« Dès la troisième année d’étude, je leur projette des films forts comme Elephant man de David Lynch, N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois ou à Tombeau ouvert de martin Scorsese pour les amener à décentrer leur attention qui est focalisée sur les savoirs diagnostics et techniques.

Grâce au processus d’identification, ils comprennent mieux la souffrance ressentie par le patient et ses proches et ce que signifie être malade et attendre un diagnostic. » Une initiative qui rencontre un grand succès et attire de plus en plus de soignants, mais aussi des quidams à qui les conférences sont ouvertes. La philosophe trouve dans la mise en scène et l’image un langage émotionnel et esthétique complémentaire à celui de la médecine.

 

Un trépied interactif

Des projections parisiennes qui ont lieu en présence d’un critique de cinéma et d’un directeur d’hôpital dont l’expertise est capitale pour les futurs médecins. « Nous avons, par exemple, projeté le film d’Agnès Varda Cléo de 5 à 7 qui suit la journée d’une femme en attente de ses résultats médicaux. Les étudiants ont compris que, ce qui importe psychologiquement, n’est pas nécessairement dit dans une consultation. Les patients n’expriment pas toujours leurs peurs les plus profondes car ils craignent d’être jugés. Mais leurs émotions transparaissent via leurs corps. »

Grâce au cinéma, les étudiants ont trois points d’appui : le film, la réflexion jumelée à la connaissance et la verbalisation de leur expérience. Face au stress et à la surcharge de travail notamment à l’hôpital ce trépied film-philosophie-enseignement interactif permet de mettre à jour les problèmes relationnels entre médecins et patients, mais aussi psychologiques et éthiques.

Si elle comprend les critiques envers les médecins, Céline Lefève refuse de les accabler.

« Les soignants ont une pensée opérationnelle : ils cherchent à confirmer un diagnostic, à prescrire le traitement le moins incertain et à ne pas se tromper. Leur raisonnement médical est tout entier tourné vers l’action. Les patients ont l’impression qu’ils ne sont pas touchés émotionnellement, or ils le sont. C’est la pensée opératoire médicale qui les éloigne du vécue de la maladie. Durant mes cours d’éthiques médicales, je leur apprends qu’ils vont devoir faire ce travail quotidien d’aller-retour entre la fameuse logique opératoire du traitement mise en place pour lutter contre la maladie et l’expérience du patient. »

Pour la philosophe, le stress et la charge de travail sont tels à l’hôpital que les médecins se focalisent sur l’actualisation des connaissances. Du coup, l’apprentissage de la relation se fait plutôt par compagnonnage et par mimétisme en observant les seniors et pas toujours en pouvant poser des questions, s’émouvoir ou parler de manière libre et approfondie.

« Les médecins seniors à l’hôpital disent aux internes qu’ils doivent être empathiques, mais aussi blindés. Cette double injonction est contradictoire. Or le juste milieu existe. Le médecin doit rester suffisamment distant pour ne pas être atteint psychologiquement, au risque de souffrir et de perdre en efficacité, mais s’adapter à ce que vit la personne. » Et de rappeler les enseignements du médecin et philosophe Georges Canguilhem, décédé en 1995. « Il y a deux registres clés : la lutte contre la maladie et la prise en charge du malade. La difficulté c’est de tenir les deux ensemble en n’oubliant pas le besoin relationnel et d’accompagnement. »

Optimiste quant à l’évolution des relations médecins-patients, Céline Lefève a conscience qu’il faudra du temps pour que les pratiques changent. « Dans toutes les facultés de France, ces enseignements existent, mais ils sont insuffisants. L’éthique, en troisième année à Paris VII, équivaut à 16 heures. Il y a donc une masse d’étudiants qui se focalisent sur les matières évaluées aux Epreuves Classantes Nationales (anciennement Internat) où il y a très peu de questions relatives aux sciences humaines, sociales et à l’éthique. Du coup, cet apprentissage reste le fait par le compagnonnage à l’hôpital. »

À l’entendre, la France doit encore progresser, notamment en créant des postes de sociologues et d’anthropologues au sein des facultés de médecine. « La sociologie et l’anthropologie donnent des outils pour comprendre les trajectoires de vie, les catégories sociales, les migrations, la langue utilisée par les malades. Donner des outils, c’est nourrir la curiosité, l’ouverture d’esprit et l’accueil à la variabilité des patients et à leur douleur. »

À lire : Devenir médecin. Cinéma, formation et soin de Céline Lefève, PUF, 2012

 

L’ART DU SOIN

Humanités médicales. Quand l’art entre dans le cabinet du docteur, c’est la relation patient-médecin qui s’en trouve bonifiée.

Face à la critique récurrente de patients en but à la froideur des médecins, les philosophes et les psychologues ne sont pas les seuls à vouloir changer les pratiques. De nombreux médecins, conscients du déséquilibre dans la relation avec leur patient, revisitent l’exercice de leur métier.

C’est le cas du gastro-entérologue niçois Jean-Michel Benattar qui s’est battu pour introduire l’art au cœur des problématiques médicales.

« Le cursus de médecine est boiteux car il est centré sur la seule jambe techno-scientifique. On nous enseigne à devenir des robots du système et à refouler nos émotions. Du coup, les futurs médecins n’acquièrent pas les compétences humaines ou humanistes indispensables au métier. Ils sont jetés en pâture dans la vie réelle sans avoir la formation pour assumer leur responsabilité. Or, les émotions sont capitales pour s’interroger sur les principes de l’éthique médicale que sont la bienfaisance et le respect du patient. »

Après des années passées à trouver portes closes, il réussit à convaincre le doyen de la faculté de Nice de créer le département « Éthique, philosophie et sciences humaines ».

« Après cette grande avancée, j’ai considéré qu’il manquait une troisième jambe en matière de formation médicale : l’art. J’ai donc créé à Nice la Maison de la Médecine et de la Culture qui organise des ciné-conférence-débats. L’objectif ? Réunir médecins, philosophes et artistes pour repenser la relation médecin-patient trop souvent déséquilibrée. »

 

Construire une œuvre d’art à deux

À en croire le spécialiste, pour que le médecin retrouve sa légitimité, il faut qu’il soit formé en humanités médicales ou en art médical.

« Quand le docteur a une approche humaine, il retrouve le sens profond de son métier. D’où l’importance de créer une relation solide. Cela passe par une consultation de 30 minutes durant laquelle il y a une réflexion sur ce qu’est souffrir, soigner et guérir. Puis, j’essaye d’offrir un espace de deux minutes minimum à la personne sans l’interrompre. Les études ont montré que le temps de parole accordé au malade est de 18 secondes. Être attentif au vécu narratif du patient n’est pas seulement un acte de compassion, mais un geste de diagnostique et relationnel.

Chaque consultation doit se terminer par une œuvre d’art, qui prend forme grâce à la relation de soin entre deux êtres humains singuliers. »

Un défi utopiste ? Non si l’on en croit Jean–Michel Benattar qui met en pratique au quotidien ces principes et les enseigne aux futurs médecins. Militant d’un vrai partenariat avec le patient, il rappelle aussi que pour construire une relation qualitative, le médecin doit descendre de son piédestal et repenser son statut d’être humain tout-puissant que lui confère son savoir scientifique.

« Au lieu d’infantiliser le patient, on doit le reconnaître comme un être humain riche de savoirs expérientiels qui n’a pas moins de valeurs que le savoir scientifique. Grâce à cette démarche, une consultation sur deux se termine sans aucune prescription, simplement avec cette parole soignante et pédagogique. » Un humanisme à la portée de tous.

 

Catégories :Réforme, Société

Le mal en patience

juillet 24, 2017 Laisser un commentaire

Expérience infiniment intime, la douleur reste un passage obligé pour chaque individu durant sa vie. Mais quand elle devient chronique, ce sont les repères psychologiques, affectifs et sociaux qui s’en trouvent bouleversés.

Depuis que le monde est monde, l’être humain est amené à faire l’expérience de la douleur. Une partie non négociable de son existence et qui l’accompagne de sa naissance à sa mort. Selon la définition de l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP), « la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans ces termes ».

Si le mot est, la plupart du temps, envisagé sous un prisme négatif et relié à la maladie, rappelons-nous que la douleur est avant tout un signal d’alarme. « La douleur physiologique a un rôle très important pour l’être humain puisqu’elle protège l’organisme, rappelle le Dr Didier Bouhassira, directeur de l’Unité Inserm Physiopathologie et pharmacologie clinique de la douleur à l’hôpital Ambroise-Paré à Boulogne-Billancourt. Quand on pose sa main sur une plaque chauffante, la douleur ressentie est salvatrice puisqu’elle nous alerte sur le risque de brûlure et donc d’endommagement corporel. Évidemment, dans ce cas, on ne cherche pas à la traiter. »

Quand la douleur s’installe

Le neurologue distingue d’un côté les douleurs aigües post-opératoires, qui sont normales et doivent être traitées, et de l’autre la douleur chronique qui peut s’installer des mois, voire des années. « Cette douleur n’a pas d’utilité et n’est même plus liée à la lésion qui l’a provoquée. La douleur se déconnecte de la cause et devient une maladie autonome. C’est elle qu’il faut réussir à traiter puisque la cause initiale a été guérieOn sait que ces douleurs chroniques sont liées à des modifications dans le système nerveux et la moelle épinière. Le dispositif d’alarme de la douleur ne fonctionne plus et se déclenche de manière intempestive. Pour beaucoup de douleurs chroniques, on utilise des antalgiques comme le paracétamol, l’aspirine, des anti inflammatoires. Mais souvent, les antiépileptiques et les anti dépresseurs sont les plus efficaces car ils agissent sur les systèmes du contrôle de la douleur dans le cerveau. » Un problème de santé publique puisque, selon la Société française d’étude et de traitement de la douleur, un tiers des français déclare souffrir de douleurs chroniques et plus de la moitié des patients traités pour un cancer sont affectés par la douleur.

Un sujet qui a particulièrement intéressé la philosophe et écrivaine Claire Marin, qui a fait elle-même l’expérience d’une maladie grave et continue de souffrir de douleurs chroniques. « Je suis tombée malade vers 20 ans. J’ai pensé que la philosophie pourrait me donner des clés pour penser cette expérience, mais j’ai été un peu déçue. J’ai finalement trouvé des recours dans la littérature et j’ai écrit un récit à la première personne qui parle à chaque malade, quel que soit le mal dont il souffre. » Un livre qui permet à l’auteure de se réapproprier son histoire, d’évoquer la dépossession physique imposée par la maladie, mais aussi ses impacts en matière de vie sociale, de lien à autrui et d’image de soi. « Être malade chronique devient une espèce de métier, mais on ne s’habitue pas au scandale de la maladie et à ses effets. »

Grande cause nationale

Un témoignage fort qui ne doit pas faire oublier les progrès considérables réalisés en France dans le traitement de la douleur. « Pendant très longtemps, la douleur n’intéressait pas les médecins, confirme le Dr Bouhassira. Durant mes études de médecine, je n’ai eu que deux heures de cours sur les mécanismes neuro physiologiques. Quant à la douleur ressentie par les enfants, elle était, jusque dans les années 70, totalement niée. Non par sadisme, mais parce que les données scientifiques considéraient que le développement du système nerveux du bébé n’était pas encore suffisamment mature et qu’il ne ressentait pas la douleur. On lui administrait donc seulement des anesthésiques, mais pas d’anti douleur. De même, la douleur chronique des plus jeunes était peu connue, mal identifiée. Il a fallu des années avant de comprendre qu’un enfant qui avait des douleurs chroniques suite une maladie ne se plaignait pas, mais se repliait sur lui-même. »

Si durant les années 80, certains chefs de service et professionnels du soin s’intéressent, en pionnier, au traitement de la douleur, il a fallu attendre la fin des années 90 et le « Plan d’action triennal contre la Douleur » pour que cette thématique devienne une priorité. « Nous devons cette révolution médicale à Bernard Kouchner alors Secrétaire d’Etat à la Santé dans le gouvernement de Martine Aubry, souligne David Le Breton. Il a d’abord imposé une étude plus approfondie de la douleur via une formation médicale continue pour les médecins en exercice et contribué à la création de 250 Centres anti-douleur sur tout le territoire. » Une évolution majeure puisque la loi de 2002 consacrait le soulagement de la douleur comme un droit fondamental du patient.

Ces Plans d’action ont été renouvelés jusqu’en 2010, puis arrêtés. En cause, le manque de volonté politique, à en croire le Dr Bouhassira. « La mode de la douleur semble être passée et l’attention s’est portée, sous Nicolas Sarkozy, puis François Hollande, sur les soins palliatifs. Il y a d’ailleurs une confusion entre les deux sujets. Certes, les médecins prennent en charge la douleur dans les soins palliatifs, mais les douleurs dont nous parlons sont chroniques et touchent des patients qui sont loin d’être en fin de vie ! » D’où l’importance de sensibiliser l’opinion publique à cette grande cause nationale. Pour se faire, le neurologue a récemment co-signé, avec des associations de patients et de professionnels, une tribune dans le journal Le monde afin d’alerter le nouveau Président de la République sur la régression de la prise en charge de la douleur et l’urgence de nouvelles mesures concrètes. « Nous avons des inquiétudes majeures notamment sur la pérennité de nos structures. En effet, beaucoup ont fermé et pour 30% d’entre elles, les responsables vont partir à la retraite dans les prochaines années sans être remplacés. Quant au Diplôme d’études spécialisées complémentaires sur la douleur, que les internes pouvaient passer à la fin de leur internat, il a disparu du fait de la réforme des études médicales. »

La parole, l’arme contre les maux

Si les médecins et les professionnels de santé reconnaissent tous l’importance de ces plans d’action et les progrès réalisés en matière de lutte contre la douleur, certaines voix s’élèvent pour replacer ce combat dans une démarche d’amélioration plus globale des soins. À l’instar de Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine à Paris VII. « En 40 ans, la douleur est passée d’une discipline négligée à une discipline primordiale, à un point presque caricatural. Ainsi, à l’hôpital, on demande au patient à quel niveau se situe sa douleur sur une échelle de zéro à dix. Mais cette mesure quantitative n’épuise pas la description de la douleur. Car d’autres questions qualitatives doivent être posées : quand apparaît-elle, à quel moment, comment elle fluctue, est ce qu’elle chauffe ou irradie… Autant d’outils majeurs qui méritent d’être enseignés aux professionnels paramédicaux (infirmières, kinésithérapeutes, psychologues) qui transmettent l’information aux médecins. » Et de rappeler que, pour le patient qui expérimente la douleur dans son corps, l’échange verbale avec les professionnels du soin est capital.

C’est d’ailleurs l’un des axes fort de la pensée de Paul Ricœur selon lequel pour combattre la douleur, il faut pouvoir la dire. « Pour Ricœur, la douleur qu’on ne peut pas adresser rend impuissant et dépossède l’individu de ce qui fait son humanité : son langage, rappelle le philosophe Michael Foessel. À l’inverse, grâce aux mots, la personne en souffrance retrouve sa subjectivité et son identité. Le simple fait de l’exprimer dans un langage, même celui de la plainte, est déjà une victoire. La douleur verbalisée, dans la mesure où elle appelle une réponse, par exemple à la question « pourquoi moi ? » est une conquête sur l’incapacité qu’elle génère. » Les mots vecteurs et source de vie, malgré tout.

À LIRE

Hors de moi, de Claire Marin, Allia, 2008

Le temps de la consolation de Michael Foessel, seuil, 2015

Catégories :Réforme, Société

Ah, la belle famille !

mars 20, 2017 Laisser un commentaire

COUPLE. Les beaux-parents font partie intégrante de la vie d’un couple, même à minima. C’est aux conjoints de trouver le juste équilibre entre entente cordiale et proximité, en se méfiant des stéréotypes…qui ont la vie dure.

On a tous en tête des anecdotes vécues ou racontées de couples en proie à de vives tensions avec leurs beaux-parents. Et comme l’on parle davantage de ce qui ne va pas dans nos vies, on pourrait penser que ces liens sont très souvent conflictuels, voire inexistants. Pourtant, en l’absence de statistiques sur le sujet, mieux vaut se méfier des clichés, même si dans l’inconscient collectif, beaux-parents riment avec tourments. « Il est tout à fait normal qu’il y ait l’appréhension et de la circonspection au moment où l’on se marie, assure la psychothérapeute Christine Brunet. Rentrer dans une famille que l’on ne connaît pas, suscite quelques interrogations. On se demande si l’on va être aimé, apprécié et quelle est la culture familiale. Mais cela ne signifie pas que l’on va d’emblée être rejeté ou jugé. En la matière, chaque situation est différente, puisque nous sommes tous des individus singuliers avec nos caractères, nos passions et nos émotions. » Aucune fatalité donc. Et, entre être accueilli à bras ouverts et se trouver face à mur de silence, il y a pléthores de situations, fort heureusement.

Loyautés invisibles

Pour autant, la psychologue rappelle certaines évidences. « Pour construire un couple, on doit arriver à se séparer de sa famille d’origine pour en créer une nouvelle. Devenir adulte, c’est garder ses marques d’enfant, mais construire sa propre vie, développer son autonomie, sa propre idée de réalisation de soi. » C’est là où parfois le bât blesse tant il est difficile pour certains parents de couper le cordon. D’autant qu’aujourd’hui, on reste plus longtemps dans le foyer familial. « Quand deux personnes se rencontrent, chacune est issue d’une famille avec ses histoires et ses mythes, indique Éric Trappeniers psychothérapeute du couple. Mais la situation économique est telle que les jeunes se marient plus tard et sont donc dépendants plus longtemps de leur famille d’origine qu’auparavant. Il n’est pas rare qu’à 27 ans, âge moyen du mariage, les parents soient encore derrière eux financièrement et donc moralement. »

Pas facile de se construire une vie à deux sereinement quand les parents vous chapeautent du coin de l’œil et s’invitent dans les discussions du couple en devenir. Le psychiatre Jacques-Antoine Malarewicz va même plus loin : « Sur le livret de famille, il devrait y avoir une case selon laquelle le divorce d’avec les parents a été effectif ! Ce n’est pas évident de couper le cordon, même si c’est plus facile aujourd’hui car les jeunes prennent plus facilement des distances au sens moral, mais aussi géographique puisqu’ils voyagent facilement et ont une mentalité multiculturelle. » À l’entendre, c’est aux parents d’avoir la maturité suffisante pour ne pas rendre les enfants dépendants d’eux au niveau émotionnel et affectif. « Un enfant pour grandir à besoin de trahir, pas au sens dramatique du terme, mais de ne pas faire exactement ce qu’attendent de lui ses parents. Et notamment dans le choix de son conjoint. » Car si aujourd’hui, l’on est libre de choisir son partenaire amoureux, nombreux sont les parents à vouloir le bonheur de leur enfant selon leurs propres critères. « On reçoit tous des messages sur le type de rencontre que l’on ne devrait pas faire concernant les origines sociales, économiques ou religieuses de son conjoint, rappelle Éric Trappeniers. L’enfant intègre inconsciemment un certain nombre de modèles…jusqu’au jour où il choisit quelqu’un qui ne rentre pas dans le moule. » Autant de loyautés invisibles dont il est difficile de s’émanciper, même aujourd’hui.

S’éviter les rituels

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas au début de la relation amoureuse que les tensions s’exacerbent le plus avec la belle-famille, mais quand le quotidien s’installe. Tout peut alors susciter la tension : un anniversaire, l’éducation des enfants, les fêtes de fin d’année. Pour Christine Brunet, mieux vaut éviter d’installer des rituels trop figés. « S’il est important qu’il y aient des occasions privilégiées pour se réunir, la rigidité ne sert personne et peut devenir un sujet de friction au sein du couple. Le plus important, c’est le respect et la bienveillance de part et d’autre. » Pas toujours facile en pratique selon Sandrine, 38 ans, qui pendant trois ans a dû se plier au déjeuner dominical chez sa belle-mère qui vivait seule depuis la mort de son mari. « Au début, je trouvais cela sympathique, mais au fur et à mesure, je n’en pouvais plus de ce rendez-vous imposés. J’ai fini par laisser mon mari y aller seul… » Jacques-Antoine Malarewicz, souligne que c’est précisément quand l’un des deux parents décède, que le couple va être mis à mal. « En cause, un conflit de loyauté qui va obliger le ou les enfants à s’occuper de leur parent survivant, le plus souvent la mère, dont l’espérance de vie est plus longue que celle du père selon les statistiques ».

La belle-mère en ligne de mire

Car avouons-le, c’est souvent la belle-mère qui cristallise les passions. Accusée de vouloir de tout contrôler, d’être possessive et de s’immiscer dans la vie du couple, elle est souvent dépeinte comme « une louve à 50 mamelles » selon l’expression d’Eric Trappeniers. Une femme qui aurait sa belle-fille dans le viseur et dont le fils serait sous la coupe. Certes, il en existent a encore, mais à changement d’époque, changement de générations. Alors pourquoi ce schéma fait-il de la résistance ? « Depuis l’Antiquité, laideur féminine et mauvaise âme sont associées, donc à la laideur morale des belles-mères répond la laideur physique, souligne Yannick Ripa qui a dirigé un ouvrage sur les belles-mères dans l’Histoire*. C’était un moyen de lancer un avertissement aux belles-mères : leur volonté de s’emparer du pouvoir masculin leur ôtera toute féminité. Au début du XXe siècle, avec l’expansion de la famille nucléaire et le divorce, qui éloigne de fait les belles-mères, leurs représentations s’adoucissent, leurs formes s’arrondissent, leurs sourires s’épanouissent. Cette belle-mère-là s’apparente aux grands-mères à chignon qui font des confitures, rappelant une incontournable évidence, jusque-là volontairement négligée : en toute belle-mère sommeille une future grand-mère et dès que l’enfant paraît, belle-maman et bonne-maman ne font plus qu’une. »

Pour l’historienne, la belle-mère d’aujourd’hui reste caricaturée comme le montre, par exemple, la série télévisée de France 2 Parents mode d’emploi. «  L’une a gardé ses cheveux poivre et sel ne cesse de faire des remarques à sa belle-fille qui ne sait pas tenir sa maison ni prendre soin de son époux ; l’autre est en jeans, très égocentrée et se fiche d’être une grand-mère. Cette belle-mère post-MLF, qui n’assume pas son rôle de grand-mère, est une critique déguisée du féminisme. Aujourd’hui, les belles-mères ont souvent la même vie que les belles-filles, elles travaillent, font du sport, il existe une unité de vie qui ne permet plus d’identifier les femmes de 55-60 ans comme étant des belles-mères et seulement cela. Mais cet état de fait n’est pas encore passé dans les représentations collectives. » À en croire, Christine Brunet, il y a matière à espérer : « Aujourd’hui, les générations se parlent, se remettent plus en questions et vont éventuellement consulter. » La communication au secours des belles mères… on y croit.

À LIRE

Se libérer des souffrances familiales, d’Éric Trappeniers, InterEditions, 2014

L’étonnante histoire des belles-mères, sous la direction de Yannick Ripa, Belin, 2015

Catégories :Réforme, Société

Europ Assistance : les expériences digitales au cœur de la stratégie marketing

janvier 24, 2017 Laisser un commentaire

Après onze ans de carrière dans le monde de l’industrie, Pierre Brigadeau, (DESCAF de l’ESCAE Bretagne-Brest, 1989), a réussi avec brio son parcours dans le monde de l’assurance et du Service. Actuellement Directeur des Ventes et du Marketing au sein d’Europ Assistance, il rappelle les atouts clés pour exceller dans ce secteur.

Quelles sont les qualités indispensables pour réussir à ce poste ?

Il faut aimer le contact humain, avoir un excellent esprit de synthèse, aimer l’analyse quantitative, être capable de supporter des hautes doses de stress et des changements de rythmes de travail très importants, avoir une très forte volonté et se former en permanence aux techniques de marketing et aux nouvelles technologies.

Quels sont les enjeux majeurs auxquels vous êtes confronté ?

Il est indispensable d’anticiper les besoins des clients avant qu’ils ne se matérialisent dans des appels d’offres. Cela passe par des investissements massifs dans l’innovation. Il faut aussi construire des propositions de valeurs applicables à la demande des clients globaux, tout en restant ancré sur les besoins des consommateurs locaux. Le troisième enjeu consiste à recruter, former et conserver des talents, tout en leur offrant des perspectives de carrières variées et internationales. Enfin, il est crucial de digitaliser l’intégralité de la chaine de valeurs en y intégrant nos fournisseurs de prestations de services.

Quel est le secret de votre stratégie marketing ?

La discipline ! C’est indispensable pour mettre en place nos offres partout dans le monde de façon identique tout en restant proche des consommateurs locaux.

 Qui sont les talents recherchés ?

Nous recrutons des profils internationaux et multiculturels car nous avons besoin de personnes capables de comprendre différentes cultures et qui soient multidisciplinaires (double ou triple formations, quatre langues parlées…).

À voir dans :

JDE

L’amour en héritage ?

décembre 21, 2016 Laisser un commentaire

Fraîchement endeuillées, les fratries doivent passer devant le notaire et régler la répartition du patrimoine de leur proche. Un moment clé aux enjeux financiers et psychologiques.

Impossible d’y échapper, le rendez-vous chez le notaire est un passage obligé qui arrive souvent trop vite pour les familles. À peine leur parent décédé, ils doivent faire face à l’épineuse question des droits de succession éventuels à payer. « Au moment de l’héritage, l’argent des familles passe sous le contrôle de l’Etat, indique Nicole Prieur, psychothérapeute*. Celui-ci prélève l’argent privé et le verse au collectif dans un souci de régulation car l’héritage contredit les aspirations égalitaires d’une démocratie et accentue de manière significative les différences sociales. La fiscalité intervient alors pour rééquilibrer les écarts en prélevant des droits successoraux sur les biens du défunt, ce qui permettra aux héritiers d’en devenir propriétaires de plein droit. Cet impôt sur les successions rapporte 3% des recettes fiscales générales. »

Une taxe qui peut susciter l’incompréhension. Mais peut-on, pour autant, la qualifier d’injuste ? « Compte tenu du patrimoine moyen des Français, il se transmet avec très peu de droit de succession à régler, souligne la juriste Catherine Doleux-Janat, journaliste au mensuel Notre Temps. Et pour ceux qui auraient un patrimoine un peu plus important, ils ont les moyens d’anticiper par des donations et transmettre leurs biens sans frais. En effet, chaque parent peut donner à chacun de ses enfants 100000 € tous les 15 ans sans droits à payer. De même, les capitaux versés sur une assurance vie avant 70 ans sont exempts de droits de succession. À mon sens, il n’y a pas d’exaspération des Français sur cette question, y compris chez les riches, car il y a beaucoup d’outils juridiques qui permettent de défiscaliser son patrimoine. »

L’objectif de l’Etat ? Fluidifier les richesses des seniors, en grande partie immobilisées, vers les jeunes générations, plus à la peine financièrement et stimuler l’économie. Une mesure qui va dans le bon sens pour Jef, 41 ans. « Mes parents ont très vite compris l’intérêt de nous donner de l’argent de leur vivant à moi et à mon frère. Ils sont rassurés car nous ne payerons pas de droits de succession sur cette partie de leur patrimoinePour autant, nous n’utilisons pas cet argent qui représente pour nous des années de travail et d’économie. » Si de plus en plus de familles sont au fait de la législation, pour d’autres, notamment les plus âgés, le tabou autour de l’héritage est encore tenace. C’est ce qu’a réalisé Jackie, 60 ans, dont la mère n’a jamais voulu entendre parler de donation. « On avait beau, moi et mes sœurs, lui expliquer l’intérêt de cette mesure, elle ne voulait pas en entendre parlé. Elle pensait que l’on voulait lui prendre son argent et la précipiter dans la tombe. Résultat, quand elle est morte il y a quatre mois, nous avons dû régler des droits de succession à hauteur de 50 0000 € ! Une sortie d’argent que l’on aurait pu éviter de sortir si elle avait consenti à nous écouter. »

Le prix fort

Mais outre l’argent de l’héritage, répartis de manière égalitaire entre chaque enfant, les biens matériels peuvent faire l’objet de tensions au sein de la fratrie, et ce même si les parents avaient organisé leur répartition avant leur mort. « Chaque objet hérité, qu’il soit de grande valeur ou non, est une trace symbolique du défunt, souligne Nicole Prieur. Au moment où les deux parents ne sont plus là, le surmoi fraternel vole en éclat. Il n’y a plus de raison objective de s’entendre et les sentiments d’injustice ressortent et s’appliquent sur les objets hérités. On ne se bat pas pour avoir la cuillère en argent, mais pour l’enlever à son frère qui a toujours été le préféré de ses parents. Certains enfants, qui ont souffert de ne pas avoir reçu suffisamment d’amour, présentent à leur frères et sœurs cette facture très symbolique. Ils veulent absolument le vase préféré de leur mère ou la pipe de leur père et rejoue leur place au sein de la famille. » Pour éviter ces règlements de comptes, le mieux, estime Nicole Prieur, est de se dire que cette relation fraternelle n’a pas de prix. Passer outre la mesquinerie de chacun demande des efforts, mais constitue le véritable héritage parental à faire fructifier.

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Catégories :Réforme, Société

Perte de repères

décembre 19, 2016 Laisser un commentaire

On a beau être dans la force de l’âge, la perte du dernier de ses parents est souvent une déchirure qui marque la fin de l’insouciance et de l’innocence.    

Nadège, 42 ans, se souvient avec précision du jour où sa mère est morte un après-midi du mois d’avril il y a 13 ans. « Elle souffrait d’une maladie neurologique depuis quelques mois et devait passer des tests pour évaluer sa mémoire. Après avoir fait un AVC, elle a été réanimée mais est décédée deux jours plus tard. Sa mort m’a fait l’effet d’une bombe, J’ai eu l’impression qu’on m’avait arraché un bras et que je n’étais plus entière physiquement. Les années ont passé, je me suis mariée et j’ai eu un enfant, mais quand mon père est mort, il y a un an suite à une longue maladie, j’ai réalisé qu’aucun d’eux ne serait là pour me protéger à l’avenir. »

À l’instar de Nadège, nous sommes nombreux à nous sentir fragile et sans mur virtuel sur lequel s’appuyer. Une image qui en dit long  sur la place des parents comme référents existentiels. « Il y a de quoi être secoué, insiste le psychiatre Christophe Fauré. Les parents sont dépositaires de notre enfance et de notre passé. C’est un pan de notre histoire qui disparaît lorsque le dernier parent meurt. D’où le sentiment de n’avoir plus personne sur qui s’adosser et de ne plus avoir de repères intérieurs. Le fait d’être soi même âgé de 50 ou 60 ans ne préserve en rien de cette sensation de vide et de vulnérabilité. » Car on a beau savoir que les lois de la nature sont ainsi faites, la mort de ses parents restent difficile à accepter, quand bien même ils étaient âgés ou que les liens c’étaient distendus au fils du temps. « On aimerait rester pour toujours dans ce statut de petite dernière chouchoutée, de seul garçon de la fratrie ou simplement d’enfant aimé d’un d’amour inconditionnel. Car c’est bien de cela dont on parle quand le dernier parent décède, assure le psychiatre. »

C’est exactement ce qu’a ressenti Jackie, 50 ans, orpheline de son père à l’âge de 13 ans  et qui a enterré sa mère de 92 ans il y a seulement deux mois. « À sa mort, j’ai perdu mon insouciance, je suis passée dans le monde des adultes. J’ai compris que je ne serai plus jamais la petite fille de ma mère, elle qui m’assurait de son soutient quels que soient mes choix de vie. J’ai aussi pris un gros coup de vieux car j’ai réalisé qu’il n’y avait plus personne au-dessus de moi et que j’étais désormais en première ligne, donc face à ma propre mort. »

Un deuil aux visages multiples

Si beaucoup de sentiments semblent communs et universels, chaque personne à sa façon de vivre le deuil. Larmes, mutisme ou métamorphose physique, l’endeuillé est riche d’une histoire relationnelle, d’un passé et de souvenirs plus ou moins heureux avec l’un ou l’autre de ses parents. « Quel que soient les liens au sein de la fratrie, on ne perd jamais la même personne, indique le psychiatre Alain Sauteraud. Paul ne vivra donc pas le même deuil que Marie, car on n’est pas un fils comme on est une fille. Et s’il y a trois garçons, on n’est pas l’aîné comme on est le dernier. Notre relation à nos défunts est unique. »

Pour le thérapeute, loin d’être un traumatisme, au sens médical du terme, le deuil est une déchirure normale qui fait partie de la vie. « Cette déchirure, strictement personnelle, transforme profondément la vie de chacun. Certes, la mort de nos parents marque la rupture d’un attachement, mais le deuil n’à rien à voir avec de la tristesse ou de la désolation. C’est une histoire d’amour qui s’est terminée dans son aspect évolutif, mais qui continue intérieurement. Un endeuillé pleure sa joie perdue alors que, dans le trauma, il n’y a pas de joie. »

Face à cette expérience commune à tous, le psychiatre évoque le parcours de l’enfant  endeuillé via quatre étapes clés : accepter la douleur, ne pas faire comme si son parent n’avait pas disparu, relocaliser le ou la défunte dans notre cœur et organiser une nouvelle vie où le parent est absent. « L’enjeu se résume à cette question : comment se dépatouiller en l’absence de son père ou de sa mère. » Et Alain Sauteraud de s’élever contre certaines généralités. « L’idée selon laquelle parce que l’on était très attaché à l’un des ses parents, le deuil se passera mal et dans la souffrance est fausse. La force de l’attachement n’est absolument pas synonyme de douleur intense. Au contraire, plus la relation était riche et féconde plus on est armé par des repères intérieurs qui se révèlent à soi de plus en plus au fil du temps. À l’inverse, plus on a été insécure ou en conflits avec son père ou sa mère et plus ce sera difficile car leur a mort met un coup d’arrêt à toute velléités d’explications ou de réconciliation. »

La confusion des sentiments

Difficile donc de généraliser des comportements ou de hiérarchiser les deuils entre eux tant la nature humaine est diverse. Sans oublier les conditions dans lesquelles les parents meurent qui comptent beaucoup dans la façon dont les enfants éprouvent cette perte. « Assister à la lente dégradation physique de ma mère a été pour moi insupportable, souligne Agnès, 55 ans. Pendant huit ans, elle s’est battue contre un cancer et je n’en pouvais plus de la voir souffrir. À sa mort, j’ai été soulagée et même apaisée car ses douleurs avaient enfin cessées. »

Enfin, la manière de vivre le deuil est intimement liée à la relation que l’on avait avec le parent. « De nombreuses personnes se sentent libérées à la mort du dernier de leur parent, explique Christophe Fauré. Comme si « l’œil de Moscou » qui était sur eux depuis l’enfance et qui pouvait influencer inconsciemment leur décision, leur choix, leur manière d’être, c’était enfin fermé. Ils sont libérés de ce regard un peu contraignant, d’ou ce sentiment paradoxal de soulagement car ils sont plus libres de leurs mouvements et de leurs décisions, avec tout de même un peu de culpabilité. » C’est précisément ce qu’à vécu Jacques, 65 ans, qui durant de nombreuses années, n’à pas osé s’opposer à son père. « Il m’a élevé dans un judaïsme dit « de juste milieu » qui ne me correspondait pas du tout. Mais je suis toujours resté dans le rang car il était l’autorité morale et religieuse de toute la famille au sens large. Il aurait été inconcevable de le contredire ou de changer ma façon de faire, même si j’étais marié et père de famille. À sa mort, les barrières morales sont tombées et j’ai déménagé en Israël où je vis désormais ma foi de façon orthodoxeÇa ne plait pas à mes frères et sœurs, mais je suis en accord avec moi-même. »

Une cellule familiale vacillante

Un témoignage qui met l’accent sur un sujet collatéral à la perte des parents : les liens entres les frères et les sœurs. En effet, quand la maison familiale cesse d’être un lieu de rassemblement, les rencontres s’espacent et se raréfient si personne ne se donne la peine de prendre la relève. « Il n’est pas rare de voir des conflits éclater à la mort du dernier parent, souligne Alain Sauteraud. Pas tant pour des contingences financières qu’affectives. Les rancunes et les non-dits refont surface et certains enfants en profitent pour rejouer leur place au sein de la famille et régler leurs comptes. » Au risque de voir la cellule familiale exploser. Un mal qui s’avère parfois nécessaire, en ce sens qu’il permet de trouver son chemin intérieur avant d’initier de nouvelles relations avec sa fratrie. L’enjeu du deuil est bien là, selon Christophe Fauré, « Réussir à installer en nous la présence de ce parent qui avait des principes de vie, des lignes de conduite et continuer à vivre intérieurement en faisant référence à ses valeurs. » Le travail d’une vie. Un événement universel qui ne se résume pas, loin s’en faut, à de la tristesse.

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Catégories :Réforme, Société